Un baiser qui palpite là, comme une petite bête, Gilles Paris, Gallimard Jeunesse

CatégorieLittérature ado
ParMélanie

En tant que libraire, j’ai à cœur de vous conseiller des livres que j’ai aimés, et je me contente en général de passer sous silence ceux qui m’ont déplu.
Mais, parfois, il faut savoir faire des exceptions, et c’est aujourd’hui d’un livre qui m’a insupportée de bout en bout que je viens vous parler. Non pas parce qu’il me plaît de critiquer un livre auquel je n’aurais pas accroché, mais parce que celui-ci, qui vise un public adolescent, comporte tant de passages malaisants ou malsains qu’il m’en paraît dangereux.

Je ne pourrais pas ici détailler tout ce qui pose problème dans ce livre – j’ai fait une première version de cet article de près de 3000 mots, consultable ici –, je vais donc essayer d’aller à l’essentiel.

Si le résumé pourrait nous faire croire qu’un groupe d’amis, choqué par le suicide d’une fille de leur établissement, va chercher à comprendre comment elle en est arrivée là, et que l’histoire tournerait autour de ce personnage d’Iris et de du harcèlement qu’elle a subi, il n’en est rien, ou presque. Nous allons plutôt suivre une galerie de personnages de quinze ans, en seconde, qui ne pensent qu’à la fête ou au sexe, et qui vont faire preuve, tout au long du roman, d’attitudes ou de réflexions sexistes ou homophobes, mettant en avant la culture du viol ou encore le slut-shaming, sans aucune remise en cause ou presque.
Cela se ressent dès le premier chapitre où Iris, violée par son beau-père, retrouvant à peine ses esprits après s’être évanouie, réalise qu’elle ne sera plus vierge pour aucun garçon. Comment imaginer qu’une telle idée traverse les pensées d’une jeune fille qui vient de subir un viol ?
La suite verra un garçon embrasser des gens en soirée sans aucun consentement, un autre faire monter la fille qui lui plaît, alcoolisée, dans une chambre, et lui imposer un rapport sexuel auquel elle ne s’attendait pas – et si le mot n’est jamais prononcé, il s’agit pourtant d’un viol. La meilleure amie de la fille s’inquiétera seulement que son amie puisse passer pour « la pute du lycée » pour avoir couché dès le premier soir et tout finira bien, puisque ce garçon et cette fille deviennent un couple qui ne se quittera plus de tout le récit. Quelle saine image d’un début de relation…
Nous ne saurons d’ailleurs pas si ce premier rapport était protégé, mais nous apprendrons par la suite que cette adolescente décide d’utiliser un stérilet pour éviter les grossesses. Oui, c’était apparemment important pour l’auteur de parler de la protection contre les grossesses non désirées, puisque c’est le deuxième personnage féminin à nous parler de son stérilet (et que le sujet sera encore abordé plus tard), mais l’absence d’un seul mot concernant l’utilisation de préservatifs pour éviter les MST n’en est que plus flagrante…

En résumé, ce roman qui se veut parlant d’ados et pour les ados semble en cruel décalage avec la réalité. Qu’il nous vienne d’un homme dont c’est le premier roman pour cette tranche d’âge n’est donc pas étonnant. Mais qu’il soit publié, a fortiori après être passé entre les mains d’éditrices, et dans une maison d’édition telle que Gallimard Jeunesse, est incompréhensible en 2021, à l’heure de #MeToo…

 

Mélanie Delaporte



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